Sur Radio Classique le 09/04/2019 par Olivier BELLAMY, créateur de l’émission Passion Classique :
Cher Dominique de Williencourt,
Ce n’est pas parce que vous organisez des croisières que vous nous menez en bateau. J’ai toujours été au contraire surpris par la générosité des programmes et le sérieux des répétitions pour éviter toute galère. Et j’ai souvent été touché par votre sens du groupe, votre manière discrète et élégante de mener votre barque sans éclabousser personne.
Mais ce qui m’épate le plus, c’est votre relation à la musique. C’est une relation profonde et claire, une relation passionnée et équilibrée, fidèle, mais ouverte à l’aventure. Vous êtes à la fois compositeur et interprète. Le peintre et le tableau. Les deux talents se nourrissent l’un l’autre sans s’opposer et sans qu’on puisse les dissocier.
Vous traversez la vie avec beaucoup de classe, sans vous regarder dans la glace. Jamais je ne vous ai entendu vous plaindre de votre sort. Jamais je n’ai surpris le moindre mot désobligeant vis-à-vis d’un collègue dans votre bouche. Question d’éducation et de nature. La vie des musiciens est faite de hauts et de bas. Mais vos traversées du désert, vous les avez toujours vécues en musique, sous les étoiles de Gobi, de Patagonie ou du Sahara. Avec amour du métier et pour que l’esprit vive.
Impressions d’une auditrice suite à l’un de ses concerts au Théâtre des Champs-Elysées à Paris :
Averse d’automne
Soir d’octobre. Sur la scène, les violons et les altos allument leurs feux d’acajou. Du premier balcon, leurs courbes rousses font penser aux feuilles d’automne qui, dehors, habillent pour quelques jours encore les arbres de Paris.
Devant, vertical et vibrant, le violoncelle attend. Il les laisse partir, lui ouvrir le chemin, annoncer sa venue peut-être. Et puis il les rejoint.
C’est un fil qui ondoie, s’enroule et se déroule au gré du vent d’automne. Tellement soyeux qu’on voudrait pouvoir le caresser du bout des doigts. Mais c’est l’oreille qu’il vient frôler. L’oreille et le cœur.
L’archet s’ébat, vivace et primesautier : il gambade, il taquine les violons, il escalade et dégringole la gamme avec entrain... Un bourdonnement d’abeille nous rappelle que l’été n’est pas si loin. Le fil de soie semble aller où il veut, il vagabonde avec une tranquille liberté ; peut-être même s’aventure-t-il dans des arabesques non écrites, inventées dans l’instant qui palpite.
Mais on va vers l’hiver. L’orchestre parfois se tait. Ne reste plus alors que le chant du violoncelle, grave et profond, qui occupe tout l’espace puis s’étire jusqu’au murmure. Un silence, une corde pincée... la salle frissonne.
Le fil de soie ne l’a entraînée là que pour mieux la faire chavirer, dans cette valse lente, suspendue, déchirante. Tiens... il pleut. Une goutte est tombée sur ma main. Et puis une autre, et une autre encore. La voix du violoncelle pleure et moi aussi. Merci, Dominique, pour cet instant si pur.
Sophie GUILLOU, écrivain